Henry Soudeille : La mémoire vivante de la vallée de la Haute-Dordogne et du temps des Gabariers

Que restera-t-il d’ici quelques années dans la mémoire de nos contemporains?

La densité, la diversité, l’ampleur de l’événement, l’accélération de notre mode de vie, sont tels de nos jours qu’on peut se demander si nos cerveaux, tellement encombrés et sollicités, seront encore capables de sélectionner et de garder intacte et pure l’image qui forme le souvenir, un souvenir... Il est vrai que des moyens techniques peuvent avantageusement se substituer à la tradition de la culture orale. Ils sont au demeurant plus parfaits, plus fidèles, plus rigoureux, mais il leur manquera toujours l’essentiel, ce que seule la mémoire humaine peut traduire : l’élan de la vie.

Nous ne le savons que trop bien, la race des conteurs et autres mainteneurs s’éteint. Comment en serait-il autrement : Conter quoi, et pour qui? Notre monde moderne « médiatise » nos propres souvenirs et les transforme en histoire. Une histoire à laquelle on ne donne plus le temps de se décanter, qui n’est plus l’expression d’un monde clos, mais que l’on édifie sans discernement à partir d’événements qui se sont déroulés pas plus qu’hier! Une histoire standardisée! Mon père, ancien combattant de la guerre 1914-1918, aimait me parler de sa «guerre». Or, je n’ai jamais retrouvé dans les témoignages qualifiés d’authentiques, certains faits qu’il avait vécus et qu’il m’avait narrés.

Braves gens, braves vieux, votre «histoire», ce que vous avez vécu, ce n’est pas forcément «l’histoire», la «grande histoire», pourtant elle seule est vraie, elle seule compte, parce que tant que vous vivrez elle demeurera vie, témoignage...

Un port nommé Spontour

Les falaises granitiques qui surplombent les deux berges de la Dordogne semblent vouloir écraser les maisons aux toits de lauze. Ici on n’a qu’une portion de ciel. D’emblée on comprend que les seuls accès véritables de ce couloir, ce ne peut être que l’aval ou l’amont de la rivière. Spontour fait partie de la commune de Soursac qui culmine à quelques centaines de mètres plus haut. Par contre par la route il y a 5 km! Et quelle route! La rivière, grossie des eaux de retenue du Barrage du Chastang, a escaladé les berges initiales, réduisant encore l’étroit ruban de vallée. Spontour n’est plus qu’un village comme tant d’autres, apprécié certes des promeneurs et des touristes. Ce n’est pas quelques barques amarrées ici ou là, au fond des jardins qui plongent dans les eaux, qui sont suffisantes à évoquer la vocation fluviale historique de ce charmant site de la vallée de la Haute-Dordogne.

En aval, nous l’avons dit, il y a le barrage du Chastang dont la construction remonte à 1951. En amont, celui de l’Aigle qui date de 1938. Plus haut encore, Marèges, Bort-les-Orgues... Ces colossaux murs de béton ont aussi leur histoire au sujet de laquelle nombre de personnes encore pourraient dire : «je me souviens...». Mais bien peu demeurent qui sauraient nous rapporter ce qui précédait, et que l’historien

Géraud Lavergne traduit de façon si poétique dans un de ses récits : « ... La chanson du Gabarier vers le Bas-Pays, les sonneries des cloches abbatiales répondent aux rimes des troubadours et aux appels des bergers... ». « Le long de la Dordogne nostalgique, on n’apprend pas l’histoire, on la revit, dit encore ce même auteur... ».

A ce propos le nom d’un auteur s’impose à l’esprit : Eusèbe Bombal ; Eusèbe Bombal et son livre « La Haute-Dordogne et ses gabariers ». Une oeuvre particulièrement documentée et édifiante, éditée en 1903, et qui, devenue introuvable, a été rééditée fort heureusement en 1981 par les éditions Les Monédières à Treignac. Un homme a ajouté un avant-propos à cette réédition ; qualifié plus qu’aucun autre! Un de ceux précisément dont je faisais état de la rareté (peut-être est-il même le dernier survivant?) qui ont connu et vécu l’époque étonnante précédant l’édification des barrages ; l’époque où la Dordogne avait encore à écrire une histoire au fil de ses eaux... Cet homme s’appelle Henri Soudeille. Il est âgé de 84 ans. Installé à Spontour en 1924, il n’a plus jamais quitté le pays.

Il n’a guère plus de vingt ans à ce moment-là. Frais émoulu de l’Ecole Normale d’Instituteurs de Tulle, son service militaire accompli, son administration l’a désigné comme instituteur remplaçant à la petite école du hameau de Spontour. L’école : une maison louée à un particulier; pas de logement de fonction; le jeune instituteur loge, mange chez l’habitant... « Du provisoire », pense-t-il. Son souhait : être nommé à Lapleau, son pays d’origine, à quelques kilomètres de là. Et selon toute évidence, ce devrait être l’aboutissement normal de sa carrière. Mais la vie, les circonstances...

Malgré les propositions qui seront faites à Henri Soudeille de changement de poste, d’avancement, il ne quittera plus jamais le lieu où l’ont conduit ses obligations professionnelles ; pour toujours il jettera son ancre à Spontour ! Des raisons à cela il en a, mais des raisons sentimentales! Il y a d’abord ce « monde de la vallée » dont il percevra tout de suite la profonde originalité, et où il s’intègrera très vite malgré les réserves qui lui seront faites au moment de son installation. Et puis il y aura la rencontre avec la future Mme Soudeille, une fille du pays, une vraie : la fille d’un ancien gabarier et constructeur de bateaux. M. Louis Deprunt... De quoi abandonner toute idée de déplacement ou de promotion! Henri Soudeille a trouvé son Eden!

Car Spontour, pour lui, c’est encore Spontour! Un gros village de près de 300 habitants, qui vit essentiellement des activités de batellerie et de pêche. Les gabares commerciales, ou « Coujadours », ces curieuses « caisses d’emballage flottantes », qui servaient par «eau marchande» à transporter le merrain ou la carasonne jusqu’en pays bordelais, ont pratiquement cessé tout trafic au lendemain de la guerre de 1914-1918. Mais il reste une activité batelière encore intense. Quant aux activités de pêche, complémentaires des premières, elles conservent toute leur faveur. Elles concernent tous les Spontournois, hommes et femmes, qui s’y adonnent aussi bien dans un but lucratif que par passion.

Je suis chez Henri Soudeille. Il est là devant moi soixante années plus tard. De la fenêtre de sa maison, il a vue sur la nappe d’eau qui s’étend jusqu’aux limites de son jardin. Il y a de la nostalgie dans son regard. Une barque gît là, en bordure de l’eau, échouée, inutile... Fini pour lui les parties de pêche auxquelles participaient volontiers Mme Soudeille et les amis ; cette dernière est malheureusement décédée depuis un certain temps.

Si l’homme est encore solide, il ne se déplace que difficilement. Et puis, et puis, non vraiment! La Dordogne elle aussi, ce n’est plus la Dordogne coureuse et agitée qu’il a connue. Elle est devenue une masse d’eau anonyme, sans vie... La faune piscicole elle-même s’est transformée. Henri Soudeille me rappelle qu’on pêchait ici le saumon, ainsi que quantité d’autres espèces de salmonidés aujourd’hui disparues. « Des quintaux de poissons que les pêcheurs ramenaient dans leurs barques à la pointe du jour!.. .» Car cette pêche s’opérait nuitamment à l’aide de filets et de l’indispensable « fouêne » ou harpon, nécessaire pour sortir les grosses pièces. Du braconnage que cela? point du tout! Henri Soudeille en porte témoignage.

Ces pêcheurs étaient des professionnels qui vivaient du produit de leur activité. Ils bénéficiaient d’ailleurs de permis ou autorisations que l’administration préfectorale leur accordait par adjudication. Ces pêcheurs livraient bataille d’ailleurs contre ceux qu’ils qualifiaient de braconniers : ceux qui employaient des moyens illégaux : poison, explosifs, etc... Hélas! la pêche à la ligne se popularisant, et de ce fait, l’usage du filet étant prohibé, nos braves pêcheurs Spontournois voient leur activité s’éteindre. Il y en a encore qui persistent, bravant la loi, risquant le procès. Et il y en a, aggravés souvent de voies de fait sur la personne des gardes fédéraux. « Plus d’un, me dit Henri Soudeille, se verra contraint à un bain forcé dans les eaux de la Dordogne! »

Ces parties de pêche : quels souvenirs!... Notre homme est intarissable.
« En attendant leur sortie nocturne, les pêcheurs jouaient aux quilles dans la cour des bistrots. On taquinait un peu la bouteille. Ce coup-là, l’un d’eux se prépare à embarquer. Il a bu plus que de raison et chancèle : un danger pour lui et ses compagnons! Aussitôt sur la barque, ceux-ci se saisissent de lui et lui plongent à plusieurs reprises la tête dans l’eau. Sans résultat! Et de s’écrier : « Nom de Dieu! Même ça lui passera pas! »
Où vont-ils aller? Du côté de La Ferrière, vers Valette... Plus bas, vers « La Despouille »?... Un fameux coin mais dangereux au possible. Suivant la période de l’année, la nature de la pêche pratiquée, on choisit une direction. Cette navigation nocturne au fond de la vallée qui par endroits se resserre tellement qu’elle n’est plus qu’un étroit goulet, avec ces immenses rochers qui çà et là surplombent la rivière et semblent devoir vous engloutir... Et tous ces bruits que l’écho amplifie et qui s’ajoutent à l’aspect dantesque des lieux : fracas de l’eau sur les rochers; bruits de glissade ou de déglutition qui signalent, ici un rapide, là un gour... Impressionnant et fabuleux à la fois! Le danger d’ailleurs est toujours présent, et même les bateliers chevronnés font toujours attention.
Ils rentreront au petit jour, transis, trempés, contents ou pas selon les résultats de pêche. Le lit les attend. Quant au poisson il appartient désormais aux femmes d’aller le vendre, ici dans les restaurants ou auprès de la clientèle de passage, plus loin à Mauriac (Cantal) ou ailleurs... La surprise de Henri Soudeille lors de son installation à Spontour : Pas d’hommes visibles dans le village une partie de la journée? Il ignorait encore leur activité nocturne! Et cette réserve qu’on lui témoignait? Il était nouveau, on ne savait pas encore sa façon d’admettre certaines pratiques, parfois à la limite du licite!... Mais cette réserve aura tôt fait de disparaître : l’instituteur démontrera très vite qu’il est des leurs!

« Ah! Spontour à cette époque !, me raconte-t-il. Quelle vie, quelle animation! On entendait, venant du port sur les rives de la Dordogne, les coups de maillet des charpentiers assemblant les bois nécessaires à la construction des bateaux. Pas une famille qui n’avait une ou plusieurs barques à sa disposition. Et il y avait les autres catégories de bateaux, nous avons vu la « Gabare », mais aussi le « Gabarot », un peu plus petit; la « Naus », longue d’une vingtaine de mètres et chargée surtout du transport d’une rive à l’autre en l’absence de pont; le « Batelet » de cinq à six mètres de long... Toute une flottille qu’il fallait entretenir, remplacer... Le dernier de ces bacs à passage ou « Naus » a été construit à Spontour en 1933 par Louis Deprunt, Louis Clary, et quelques autres.

Il avait été commandé par la commune de Gintracdans le Lot, et je fus du voyage lors de sa livraison. Ainsi tout le monde utilisait la voie fluviale au gré de ses besoins : pour rejoindre des voisins situés sur l’autre rive; un village éloigné plus bas dans la vallée; pour se rendre à son travail... J’ai connu une vieille femme qui se rendait sans appréhension en barque jusqu’à Argentat. Par ailleurs, si le transport du bois vers le pays bordelais avait cessé, l’exploitation et le transport de celui-ci entre Spontour et Argentat continuèrent jusqu’en 1950. J’ai connu les Aubert, les Leyris, les Caux, et quantités d’autres, anciens gabariers, bateliers, pêcheurs émérites pour lesquels la navigation si particulière sur la Dordogne n’avait aucun secret. Ils m’ont raconté leurs voyages au fil de la Dordogne, riches en anecdotes; leur remontée vers le pays, en chemin de fer jusqu’à Brive, puis à pied, rapportant des souvenirs, du vin de Bordeaux, voire le vin de messe de M. le Curé!... Chose surprenante, eu égard à leur activité, certains de ces bateliers bénéficiaient de l’inscription maritime, ce qui les amenait à accomplir des périodes dans la Marine Nationale... A Spontour l’activité agricole est réduite : l’étroitesse de la vallée réduit la surface des terrains cultivables. Le château compte deux ou trois fermes où l’on élève quelques vaches. La terre alluvionnaire est riche, les jardins sont plantureux. Il y a même quelques vignes (le lit de la rivière n’est qu’à 180 mètres d’altitude!) et leurs propriétaires confient leur raisin au châtelain qui le transformera en vin, et rendra à chacun sa quotepart, moyennant redevance bien entendu. Mais les Spontournois ont bien peu l’âme terrienne. Il y a cette Dordogne omniprésente et des siècles de civilisation fluviale derrière soi!... Les bûcherons, les « Merandiers » (ceux qui fabriquent le merrain), sont souvent des gens «descendus» du Plateau. En raison des facilités d’échanges avec le Bas-Pays, la situation économique est relativement plus favorable ici. Et quand la construction des grands barrages commencera, la condition du « monde de la vallée » atteindra son apogée... »

 


gabare à Argentat (photo : merci à l'Académie de Limoges)
http://apella.ac-limoges.fr/sitehc/bortjj/hist_commerce_gabare.htm

 

Les gabares touristiques

Qui peut l’imaginer? En cette période de l’avant-guerre, mis à part les étangs ou les retenues d’eau constituées par des digues construites sur les rivières et servant à alimenter les moulins, il y a peu de plans d’eau aménagés pour le plaisir de la baignade ou de la natation. Henri Soudeille est fier de me rappeler qu’il a vu se dérouler des examens de natation scolaires à Spontour. Ici, l’extraction du sable et de la pierre qui se pratique depuis de temps immémoriaux, a permis la création d’un bassin de grande dimension (le port) où l’eau est calme, profonde, transparente. Des conditions idéales pour les sports nautiques. D’ailleurs, Spontour innovera en la matière. Tous les ans une grande fête aura lieu, au lancement de laquelle Henri Soudeille n’aura pas été étranger. Ce jour-là, une concentration des barques aura lieu sur le port. Des jeux s’y dérouleront. On verra les enfants se livrer à celui du «vaisseau fantôme»; il s’agit d’une frêle esquif composé de trois planches assemblées sous lequel ils disparaissent après l’avoir fait volontairement chavirer! La nuit tombée toutes les barques s’illuminent, tandis que les feux d’artifice déchirent les ténèbres aux accents d’un ensemble de cors de chasse!... Inoubliable!

Dès 1925, on verra des canoéistes choisir la Dordogne comme lieu de leurs exploits. Le cadre est idéal et la rivière suffisamment tourmentée pour leur procurer les émotions qu’ils attendent de ce sport. Ils descendent parfois depuis Saint-Projet, mais la plupart «embarquent» à Spontour, plus facile d’accès. Ils descendent jusqu’à Argentat, voire Beaulieu : près de 6 heures de trajet!

Mais hormis ces aventureux canoéistes, il en est d’autres que tenterait volontiers une descente de la rivière dans des conditions plus confortables et plus sûres... Ils ont à l’esprit le récit des vieux gabariers, celui des pêcheurs; et puis il y l’attrait qu’exercent ces eaux tumultueuses, cette nature sauvage et quasi inexplorée qu’on ne fait qu’entrevoir depuis les chemins de rive... A cette époque, on parle déjà de loisirs, de tourisme... Henri Soudeille pense à tout cela. Après tout pourquoi ne reconvertirait-on pas ces embarcations à usage commercial en transports pour passagers? Il en parle à des constructeurs de bateaux : les Deprunt, Clary. On met en chantier une gabare touristique. Elle mesure quelques 17 mètres de long et peut transporter 45 à 50 personnes. 1935 verra la première « descente ». On a « débarqué » à Beaulieu. Problème : la gabare descend le courant mais ne peut le remonter! Il faut la charger sur une plateforme de camion... Les ruelles qui accèdent au débarcadère de Beaulieu sont étroites et coupées à basse hauteur par des lignes électriques ou téléphoniques : un travail titanesque pour se dégager de cet infernal imbroglio!

Autre problème : les digues qui coupent ici ou là la rivière pour approvisionner en eau les abbayes, les moulins, les scieries qui se trouvent sur son parcours. Ainsi celle Moulin d’Abadiol, près de Beaulieu. Elle a une longueur de 500 mètres et prend appui sur des îles placées au sein de la rivière. Des arrêtés stipulent pourtant qu’un tiers de celle-ci doit être laissé à la navigation. Arguant de l’impossibilité d’un passage en un tel lieu, ne voilà-t-il pas que le préfet va prendre la décision d’interdire la «descente inaugurale» qui doit se dérouler deux jours plus tard. Auparavant, autorisation avait été donnée à cette manifestation à laquelle devaient participer de nombreuses personnalités et que parrainait le Touring-Club de France. On est en 1936, depuis une année plusieurs « descentes » ont déjà eu lieu. Et Henri Soudeille demande audience au Préfet pour tenter de le faire revenir sur sa décision. Il est accompagné du père Clary qui, outré, et tenant la dragée haute au représentant de l’Etat, ne trouvera rien de mieux à lui dire... « qu’il n’y connaît rien!... ».

Devant tant d’assurance, le préfet revient sur sa décision et « la descente » peut avoir lieu... « C’était superbe, ajoute Henri Soudeille, il y avait plus de 50 canoéistes qui nous escortaient... ».

La chose devient d’ailleurs coutumière. Tous les samedis et les dimanches, des cars complets arrivent à Spontour pour effectuer la descente en gabare. Les congés payés, récemment instaurés, favorisent cet engouement pour ces plaisirs de l’eau encore un peu méconnus. La mode du week-end permet à des gens de venir de Paris, en chemin de fer, jusqu’à Mauriac et, de là, rejoindre les gorges de la Dordogne. Le retour s’accomplit sans difficultés par le train le dimanche soir.

Henri Soudeille m’a montré la revue « Camping », éditée par l’Office National du Tourisme; une publication mensuelle sur un numéro de laquelle un long article est consacré à une « descente » de la Dordogne en gabare entre Spontour et Argentat. Le journaliste avait visiblement été impressionné par ce voyage et les conditions dans lesquelles il s’effectuait. Il parle de « Donnadieu et sa gabare » : Donnadieu, le maître Gabarier, celui qui avait le redoutable honneur de tenir le gouvernail et de diriger convenablement son embarcation parmi les flots torrentueux et garnis d’obstacles. Avec deux aides équipés d’avirons, de chaque côté, ils formaient l’équipage... Avec, bien entendu, Henri Soudeille, guide talentueux et érudit, qui s’attachait à faire connaître les lieux et à faire «revivre» leur histoire. Depuis « Espontours », fief des Dusolier, seigneurs de la localité au début du 17e siècle, en passant par Valette, ancien monastère cistercien fondé par Bégon de Scorailles en 1145. Une verrerie y fut installée sous la Révolution. Ne dit-on pas aussi que le Maréchal Ney, fugitif, y trouva asile... Un orphelinat agricole l’occupa en 1898...

Mais il y a loin jusqu’à Argentat (la descente jusqu’à Beaulieu a été supprimée) même si l’on fait étape à Eylac pour déjeuner! Loin... et long à dire sur cette vallée riche d’histoire et autant de présent...

Sur les eaux profondes et tranquilles de la nappe d’eau qui s’appelle malgré tout la Dordogne, on peut maintenant naviguer sans crainte, même si la quille de votre bateau frôle les voûtes de l’abbaye engloutie. Tout ce qu’il reste réside dans la mémoire d’Henri Soudeille, dernier témoin du «monde de la vallée».

© René LIMOUZIN

voir aussi le site de l'Académie de Limoges
http://apella.ac-limoges.fr/sitehc/bortjj/hist_commerce_gabare.htm

et celui, très complet, de Charles Bouyssi
http://charles.bouyssi.free.fr/gabare/Gabares.htm


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