La firme Maugein à Tulle

L'histoire a fait de la Corrèze le principal centre de fabrication de l'accordéon en France. Cette histoire mal connue s'est déplacée de Brive à Tulle au terme de multiples péripéties, d'aventures humaines et musicales, de réussites industrielles et commerciales. Cette activité, qui a touché pendant plus quatre-vingts ans des centaines de personnes à travers toute la Corrèze, est encore vécue intensément par beaucoup de gens comme un monde riche et coloré, prolongée aujourd'hui par le renouveau de la firme MAUGEIN. 

La légende commence à Brive par un dimanche de 1885. François DEDENIS, jeune menuisier originaire de la montagne limousine part à la pêche avec un camarade qui emporte avec lui un accordéon. C'est probablement ce jour-là que François découvre en même temps que la pêche à la ligne, activité "branchée" de cette fin de siècle, le dernier gadget de la musique populaire de l'époque : l'accordéon.
La légende, toujours elle, veut que François DEDENIS, emballé par la sonorité de l'instrument, ait économisé jour après jour pour se payer un accordéon de quatre sous et de cinq touches. Hélas l'instrument se dérègle: François le démonte et le répare. A partir de ce jour l'histoire prend le pas sur la légende.

L'aventure s'installe au coin de la rue Raynal et de la rue Dubois à Brive. 

Lors de la fête patronale de Brive du 26 août 1906, un concours d'accordéons, de vielle, de cabrette est organisé; la "Maison Dedenis" offre un instrument au vainqueur du concours d'accordéons. Le vainqueur est un certain... MAUGEIN de Tulle ! 

L'usine Dedenis ferme ses portes pendant la guerre de 14-18 et ne rouvre qu'à l'armistice. Elle embauche parmi ses ouvriers Jean MAUGEIN, descendu de Tulle où il est accordeur de piano. L'homme, de fort caractère et d'une intelligence vive, comprend très vite la technique du montage des accordéons. Trop vite semble-t-il au gré de la Maison Dedenis. On lui fait comprendre que sa place est ailleurs. Il rentre à Tulle et se met à réparer les accordéons puis, sans doute, à en vendre. Rapidement il s'installe dans un petit atelier de la rue du Grillon et commence à fabriquer avec un premier ouvrier M. CHAREILLE..

En 1919 le fondateur de la marque s'installe dans un petit atelier de 40 m2 rue du Docteur Faugeyron, à Tulle, avec quatre employés. Ses deux frères Antoine et Robert le rejoignent.
En 1924  Ils bâtiront une usine de 600 m2 non loin de là, cité Cazeau. Déjà on relève une grande évolution dans la fabrication. Les frères MAUGEIN fabrique le premier accordéon chromatique main gauche main droite qui sera commercialisé sur le marché en 1925.

En 1927 François DEDENIS, à l'occasion du Centenaire de l'Accordéon, est décoré de la Légion d'Honneur par Henri DE JOUVENEL, puis fait chevalier en 1930. Pourtant il semble bien que l'entreprise Dedenis, si elle a marqué de son sceau les années 20, avec la production de diatoniques, n'a pas préparé l'avenir avec assez d'intuition. MAUGEIN de son côté a misé sur le chromatique et ne fait du diatonique qu'en appoint.


Un accordéon diatonique (Luthinier)

 

D'ailleurs certains pensent que bon nombre de diatoniques MAUGEIN sont faits chez Dedenis, la "musique" étant montée et la raison sociale apposée chez MAUGEIN.

En 1928, l'usine MAUGEIN compte vingt et un ouvriers 

Le 7 février 1933, François DEDENIS meurt. La continuité est assurée par un chef d'atelier de la maison, M. BELONY jusqu'à sa mort un peu avant les années 60.

Pendant ce temps les trois frères MAUGEIN poursuivent leur route. Dés 1937, ils font construire une nouvelle usine de 3000 m2 rue d'Arsonval à Tulle. Depuis, bien des progrès ont été faits : modernisation de la fabrication, extension du parc machines en vue de rechercher une grande précision dans l'exécution.


fabrication des soufflets en 1939 à l'usine MAUGEIN

En 1938 ils fabriquent entièrement leurs instruments ayant acquis et fait construire les machines pour fabriquer leur "musique", seuls les boutons et quelques jeux d'anches spéciaux sont achetés à l'extérieur. Plus d'une centaine d'ouvriers y travaillent désormais. 

La demande est forte à ce moment-là, l'accordéon chromatique est l'instrument populaire par excellence. La firme MAUGEIN, solidement dirigée par les trois frères, bénéficie de la collaboration de très bons ouvriers. L'ambiance, excellente, favorise la qualité. Les ouvriers ont à cœur de produire le meilleur travail. D'ailleurs les différentes interventions ou pièces de l'accordéon (clavier, menuiserie, accord) sont signées du nom de l'ouvrier.

En 1939 près de trois cents ouvriers travaillent chez MAUGEIN.

La guerre survient et MAUGEIN débauche son personnel réquisitionné. Puis, après 1940, la fabrication redémarre et on réembauche une centaine d'ouvriers. Les difficultés d'approvisionnement, notamment en pièces métalliques, sont palliées par des ersatz où l'aluminium remplace le laiton et l'acier.
Pendant les combats de la Libération, Tulle est durement touchée par les représailles allemandes et la firme MAUGEIN paie son tribut en hommes de valeur, blessés, déportés, voire exécutés . 
La Libération est là et l'accordéon est de toutes les fêtes : le monde veut oublier! La production redémarre très vite et très fort, MAUGEIN en bénéficie. 

La musique inexorablement change : l'Amérique et le jazz sont là ! Gus VISEUR vient chez MAUGEIN faire fabriquer le premier accordéon avec un accord baptisé "Viseur" qui deviendra l'accord "swing". Les caisses des accordéons se sont arrondies, les goûts changent. En Corrèze, le chromatique a définitivement supplanté le diatonique. les bals florissants voient naître des orchestres où l'accordéoniste est accompagné d'autres instruments. La période est excellente pour la firme MAUGEIN. 

En 1946, quatre chefs d'équipes de chez MAUGEIN : MM. LACROIX, SIMON, CHAREILLE et BEAUSSOUTROT décident de monter leur propre entreprise, les accordéons "Union". Ils s'installent dans un atelier à quelques centaines de mètres de chez MAUGEIN. Leur réussite est relative après un premier succès de curiosité. L'entreprise fermera boutique au milieu des années soixante sans avoir réellement percé. 


Un accordéon chromatique (Pianybal 37) 

 

Dans les années 1950 à 1960 la production est importante chez MAUGEIN et le marché alimenté par une demande de plus en plus régionale. Mais l'accordéon entre dans une période de déclin. La guitare et le rock'n'roll s'annoncent. Les frères MAUGEIN, et l'entreprise avec eux, commencent à vieillir, les salaires baissent, la qualité et l'ambiance s'en ressentent. L'accordéon est encore perçu comme un instrument populaire mais son aventure est derrière lui. En Limousin notamment, le phénomène qui popularise Jean SEGUREL, alors en pleine gloire, masque pour de nombreuses années au niveau de la fabrication le passage de l'accordéon du stade d'instrument à part entière au statut d'instrument de la nostalgie. Les musiciens s'en détournent progressivement. Le monde du show-biz l'ignore royalement. La firme MAUGEIN, sans réellement baisser en qualité, subit cette crise qui l'anesthésie progressivement. 

 


Un accordéon chromatique (Amusette 96)

Les frères MAUGEIN se retirent et Jean meurt le premier en 1964, Robert part en retraite en 1965 et meurt en 1972, Antoine en 1977 et son fils Georges qui travaillait également à l'usine en 1978. Dés 1965, un directeur est nommé mais il ne réside pas à Tulle et vient trop sporadiquement de Bordeaux où il réside. 

 

Dans les années 1970, MAUGEIN est complètement absent du regain d'intérêt pour le diatonique que la maison perçoit comme dépassé.

En 1981, la famille fait appel à René LACHEZE, parent de la famille pour diriger l'entreprise en difficulté. René LACHEZE est toujours directeur à ce jour. La municipalité décide d'aider la firme qui appartient au patrimoine Tulliste. Elle décide la construction d'une nouvelle usine en zone industrielle de Mulatet qu'elle loue à la firme MAUGEIN en location-vente. 

En 1984, la nouvelle usine est inaugurée : une nouvelle aventure commence qui affirme la volonté de renouveau de la marque. Associant fabrication modernisée appliquée à un produit de facture toujours traditionnelle.

© avec l'aimable autorisation de Didier Rossignol
mdcn@fr.fm
http://www.mdcn.fr.fm
 

artisans - bibliographie - communes & hameaux - enseignement - folklore & tradition
gastronomie - généalogie - histoire & géographie - liens amis - musiques
Corréziens célèbres - sports - statistiques - nous écrire

site créé le 4 avril 2002