LA DELIMITATION DU PARC NATUREL REGIONAL DE MILLEVACHES

source : O.T. d'Ussel
Le périmètre du Parc Naturel Régional de Millevaches résulte de la libre
approbation de la Charte par les communes et de leur volonté d'adhérer à son
syndicat de gestion.
Le territoire proposé est donc composé de :
121 communes de la Région Limousin réparties comme suit :
- 64 du Département de la Corrèze
- 41 du Département de la Creuse
- 16 du Département de la Haute-Vienne
Ce périmètre recouvre 330 301 hectares et regroupe 42 710 habitants Les communes
sont toutes classées en zone de montagne.
Ce territoire comporte une homogénéité géographique et humaine appuyée par des
caractéristiques naturelles, paysagères et économiques qui le singularisent au
sein de la Région Limousin et parmi les espaces ruraux français.
Au sein de cet ensemble deux parties peuvent être distinguées :
- une zone centrale recouvrant les secteurs phytogéographiques 1 et 2 (voir Plan
de Parc) dont le paysage est avant tout marqué par l’alvéole,
- des secteurs variés plus ou moins étendus dont les caractéristiques
géologiques, faunistiques, floristiques voire climatiques se rapprochent de
délimitations phytogéographiques extérieures au Plateau.
Le deuxième principe organisant la Charte renvoie à la problématique de
spatialisation. L’organisation générale du plateau est représentative d’un
milieu rural de moyenne montagne à faible densité marqué par un relief
alvéolaire. Les relations économiques et sociales ne sont pas centrées sur une
ville structurant un espace découpé entre secteurs géographiques spécialisés.
Les villes du pourtour immédiat (Aubusson, Bourganeuf, Ussel, Égletons)
apportent un niveau de services complémentaires de ceux délivrés par les unités
urbaines (continuité d’habitations comportant au moins 2 000 habitants) du
territoire (Eymoutiers, Felletin, Meymac). Des relations nombreuses sont
également développées en direction de Guéret, Tulle et Limoges. Les déplacements
domicile - travail, les zones de chalandise, l’accès aux services et aux
loisirs, les points d’accès au territoire s’entrecroisent de manière complexe
entre ces différents espaces sans qu’un flux soit dominant et structure
l’ensemble des relations du plateau avec l’extérieur. Notre espace rural à
faible densité s’intègre pleinement dans une logique très contemporaine de
réseau transcendant les frontières administratives.
De la même manière les différents découpages du Plateau que l’on peut opérer
suivant des logiques géographiques (morphologie des alvéoles ou altitudes),
naturalistes (secteurs phytogéographiques, ensembles remarquables) ou
économiques (type d’agriculture développée, répartition des équipements
touristiques) ne permettent pas de spécialiser les secteurs et de leur affecter
une vocation dominante qui elle seule devrait être renforcée. Une illustration
frappante de cette complexité peut être apportée par le lac de Vassivière et son
pourtour. Quant bien même ce secteur fait l’objet d’une fréquentation
touristique plus affirmée, l’agriculture, la forêt, l’artisanat ou le commerce
diffèrent peu du reste du plateau. Ce constat ne doit pas aboutir à éluder les
particularités d’un site et à proposer aux collectivités locales et aux
partenaires des actions uniformes. Pour autant, la prédétermination de fonctions
marquées par type de secteurs apparaît inappropriée.
La prédominance de bourgs centre (Eymoutiers, Felletin, Meymac), les points de
plus forte fréquentation touristique, le boisement, l’altitude, les routes
principales ou les vallées remarquables n’organisent pas sur un plan spatial les
relations économiques et sociales. L’alternance “ boisement - zones humides -
terres cultivées ” et l’alvéole se répètent à travers le Plateau.
L'ENJEU ENVIRONNEMENTAL : LA PRESERVATION DE LA DIVERSITE FLORISTIQUE,
FAUNISTIQUE ET PAYSAGERE DU PLATEAU DE MILLEVACHES
Les composantes traditionnelles du paysage du Plateau de Millevaches tourbières
et bruyères marquent la spécificité environnementale du territoire. Ces milieux
de landes sèches ou humides renferment de nombreuses espèces floristiques et
faunistiques recensées au plan national ou régional comme rares ou typiques.
Les différents secteurs du territoire ont connu des évolutions fortes. De
nouvelles composantes, la "forêt" plantée et les friches ont très sensiblement
modifié et en certains endroits menacé la diversité environnementale.
L'étude géomorphologique de la Région Limousin rend compte pour le Plateau d'une
organisation prédominante autour de l'alvéole. Deux grands types d'alvéoles sont
identifiés :
- l'alvéole bien dégagée à fond fréquemment tourbeux (système présent sur le
cœur du Plateau sur un axe Nord-Sud de Soubrebost à Meymac et à la pointe est :
communes de Flayat et St Merd La Breuille),
- l'alvéole inégalement dégagée (représentée à l'est du Plateau et faisant le
lien entre les deux secteurs où figure le système d'alvéoles bien dégagées : le
Plateau de La Courtine de Clairavaux à Eygurande).
Les bordures Nord, Sud et Ouest sur le plan de la géomorphologie se rattachent à
des plateaux intermédiaires (Combrailles, Plateaux Corréziens).
Les alvéoles sont des cuvettes de tailles diverses à fonds plats, aux contours
lobés, séparées par des cloisons aux versants plus ou moins raides, formés de
croupes convexes jointives. La bordure de l’alvéole, en hautes croupes convexes,
donne des versants convexo-concaves à pente forte. Son centre, pratiquement plat
et mal drainé par les ruisseaux qui y serpentent, est un milieu très favorable
au développement des tourbières. Entre ces deux éléments, on note la présence de
replats doucement inclinés. Ce territoire s’analyse comme une succession de ces
formations alvéolaires dont les inégalités de taille proviennent de l’érosion
différentielle (dureté des roches et fracturation variées).
L'alvéole est l'unité qui structure le paysage et permet d'identifier les
différents secteurs du Plateau. Les trois systèmes en présence (deux types
d'alvéoles, le rattachement à des plateaux intermédiaires) ont des incidences
fortes, les délimitations qu'ils opèrent se retrouvent dans le cadre d'analyses
paysagères,
UNE EVOLUTION MARQUEE PAR LA DIMINUTION DE L'OCCUPATION AGRICOLE
LE PAYSAGE D'HIER : LE PAYS DES LANDES
Au siècle dernier et jusqu'après la seconde guerre mondiale, le Plateau
de Millevaches, était “chauve”, la forêt n’occupant qu’un pourcentage
infime du territoire. L'alvéole peut se détailler en quatre secteurs
principaux :
- les sommets et les pentes convexes des croupes cloisonnant les
alvéoles étaient couverts de landes en propriété collective pour la
pâture des ovins et des bovins. Les animaux des villages étaient ainsi
élevés de manière extensive sur cette lande qui s’étendait à perte de
vue. Celle-ci était le plus souvent couverte de callune. De temps en
temps, elle était ouverte à la culture, labourée après destruction de la
bruyère par le feu et cultivée pendant quelques années avant de
retourner à l’état de lande. C’est sur cette lande qu’était fondé
l’essentiel de l’économie marchande ; elle était le terrain de parcours
des ovins et bovins limousins vendus lors des foires, et très réputés
pour leur laine et leur viande,
- plus bas, le replat des bords d’alvéoles était le terroir le mieux
mis en valeur par les petits paysans polyculteurs. Ce replat, au bord
duquel était construit le village, était un damier très serré de champs
en propriété individuelle. Sur ces terres cultivées de façon intensive
prenaient place les cultures nourricières,
- les terrains en pente raide situés entre le replat et le fond
d’alvéole étaient utilisés comme prés de fauche fournissant le fourrage
nécessaire pour 5 à 6 mois par an. Ces terrains étaient irrigués à
partir de mars au moyen de rigoles. Ces rigoles organisaient la
circulation de l'eau à mi-pente ; au printemps pour une irrigation
légère nécessaire pour limiter le gel, en été pour favoriser le regain.
Des canaux (lèves ou levades) approvisionnaient ces rigoles et amenaient
également l'eau vers des moulins. Au sein de l'alvéole, l'eau faisait
donc l'objet d'une gestion rigoureuse,
- les bas-fonds humides impropres à l’agriculture pouvaient être
drainés en surface pour fournir de mauvaises pâtures en propriété
collective. Un fauchage pouvait intervenir et procurer de la litière.
Dans ce système, la forêt était marginale. Il n’y avait que quelques
petits bois de chênes notamment sur des zones d'éboulis rocheux. Pour
pallier le manque de bois de chauffage, il était nécessaire d’utiliser la
tourbe des fonds d’alvéole pour se chauffer et faire cuire les aliments.
L'activité de l'homme occasionnait une intervention sur la majeure partie
des milieux et finalement une gestion raisonnée.
LES PAYSAGES ACTUELS : UN PAYS FORTEMENT BOISE
Les paysages hérités de ce système agro-pastoral vont progressivement
évoluer, d’abord dans le sens d’une conquête de la lande lentement
appropriée par les habitants du village et subissant un recul au profit
des terres et des prés. C’est à partir du début des années 50 qu’un
changement capital va survenir dans la morphologie des paysages se
traduisant par un important développement de la forêt. Cette dernière, qui
occupe désormais un peu plus de la moitié de la surface du Parc a envahi
tous les types de terroirs.
Ce boisement a pris deux aspects essentiels :
- d’une part un boisement naturel et spontané sous forme d’une forêt –
anciennes terres qui ne sont plus parcourues par les moutons,
conséquence de la déprise agricole,
- d’autre part un boisement volontaire, notamment sous forme de
plantations résineuses, conséquence initiale de politiques cherchant à
compenser le déficit de bois et à occuper les terres abandonnées. Cette
politique était porteuse d'un discours sur le complément de revenu aux
paysans que pouvait procurer le bois.
Le paysage a également été touché par l'évolution des techniques
agricoles. La mécanisation a conduit à transformer les landes à callune
les plus accessibles en prairies artificielles.
Ainsi, cette montagne s’est caractérisée en l’espace de cinquante ans par
une totale inversion de ses paysages. Le massif forestier est aujourd'hui
marqué par la présence des conifères. Sur 165 560 hectares de forêt,
l'Institut Forestier National évalue à 56,47% la part des conifères.
L’enrésinement est le plus fort (taux d’enrésinement de 75% et plus) au
cœur du Plateau sur un axe Nord Sud de Royère de Vassivière à Meymac. Il
est moins accentué (moins de 50%) sur le flan ouest (de Bujaleuf à
Corrèze) et sur le canton de Felletin.
LE PAYSAGE ET LES ESPACES NATURELS, VICTIMES D'UNE DIMINUTION DE
L'OCCUPATION AGRICOLE
Aujourd'hui, deuxième activité occupant le sol, l'agriculture a vu ses
pratiques se modifier. L'évolution ne s'est pas limitée à une diminution
globale des surfaces agricoles utiles corrélative à l'avancée de la forêt.
La modification des itinéraires techniques agricoles, indispensable sur le
plan économique s'est traduite par une mise en valeur des terres les plus
accessibles et mécanisables.
La mise en valeur par l'agriculture des différentes composantes du paysage
du Plateau a permis la préservation environnementale de milieux. Sur les
20 dernières années, il est aisé de constater que les anciens parcours
délaissés par l'agriculture peuvent suivre les évolutions suivantes :
- plantation de résineux,
- progression d'une friche puis envahissement par des essences
variées.
Il reste que la transformation de landes à callune en prairie
artificielle n'est pas la meilleure des valorisations environnementales.
Pour les zones humides (bords de rives, anciens près de fauche,
tourbières), l'absence de passage de troupeaux se traduit par un
envahissement des parcelles par quelque ligneux, et surtout de la molinie.
Les plantations sur ces zones peu propices sont moins courantes. Ces
secteurs humides sont porteurs d'enjeux forts pour l'aval, c'est en effet
sur ces zones que la qualité de la ressource en eau se détermine. Les
espèces végétales et l'état du sol participent à la purification et à la
rétention de l'eau. Le Plateau, sur ce plan, est une zone fragile. Il agit
comme une réserve d'eau à vidange lente. Aussi la restauration et la
préservation de sites par une utilisation agricole adaptée sont
importantes. Le chapelet de retenues artificielles constitué pour la
production électrique, utilisé également pour les activités de loisirs et
de tourisme participe au stockage de l'eau (Vassivière, Lavaud-Gelade, le
Chammet, Viam, Treignac, …).
Sur le plan de l'alvéole on peut résumer l'évolution du Plateau par
deux grandes modifications de l'occupation du sol :
- les forêts ont conquis les sommets,
- la culture de l'herbe est remontée des fonds vers les replats et les
pentes voire les sommets.
Ces évolutions aboutissent parfois à des concurrences entre les modes
d'occupation et entraînent sur le plan paysager des menaces.
LES UNITES CONSTITUTIVES DU PAYSAGE ACTUEL
Les terres du Plateau de Millevaches sont essentiellement granitiques.
Mais cette montagne ne se présente pas sous la forme de versants abrupts
et de brusques dénivellations.
Le relief alvéolaire a influé sur l’implantation des villages. Ils se
sont construits initialement sur le replat des alvéoles, en bordure pour
laisser le plus de place possible à la pratique de la culture. La récente
et très forte progression de la forêt a abouti à l'encerclement de
villages ou de bourgs.
En complément du système alvéolaire on peut noter la présence de
plateaux à faible dénivelé (secteurs de Bujaleuf par exemple) dont les
replats sont propices au développement d'une agriculture mécanisée. Les
talwegs sont boisés ou pâturés. Les sommets de butte au sol érodés sont
boisés en taillis ou résineux.
Enfin, il convient de signaler les vallées à versants dissymétriques ou
à gorges (Vienne, Creuse, Vézère par exemple) à déclivité plus ou moins
forte. Les pentes les plus fortes sont généralement boisées en feuillus ou
résineux pour les plantations les plus récentes. L'agriculture et
l'habitat peuvent subsister sur les secteurs les moins pentus.
D'une manière générale, la forêt spontanée est constituée de feuillus
alors que les plantations sont résineuses.
© et source du document : La Charte du Parc
Naturel Régional de Millevaches en Limousin, élaborée par le syndicat mixte de
Millevaches en Limousin ayant reçu mandat des communes, des départements de la
Corrèze, de la Creuse, de la Haute-Vienne et de la Région Limousin en relation
avec le Conseil pour la Valorisation de l'Espace Rural du Millevaches . Mission
réalisée sous la responsabilité de la Région Limousin.

Parc Naturel Régional de Millevaches en Limousin
voir aussi :
Parc Naturel Régional Périgord-Limousin
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