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Et quelques Monanges cordonniers de plus !

Une migration exemplaire : les négociants en vin de Meymac
L'exemple des négociants en vin de la région de Meymac constitue une
innovation qu'il convient de souligner. Ce sont les premiers à établir une
migration transversale et à établir des dynasties qui vont faire fortune. Une
migration transversale car partis vers le sud-ouest à l'origine ils vont
remonter vers le nord, la Belgique et plus loin pour établir un réseau
commercial dont la plaque tournante sera Meymac.
Le parcours du précurseur Jean Gaye-Bordas (1826-1900) vaut le détour.
Jean Gaye-Bordas dit "barlet" (petit tonneau) fut le créateur du négoce en
vin de Meymac...
II naît dans un petit village, Davignac, près de Meymac, au début du XIXème
siècle en 1826.
Comme tous les jeunes paysans de ce pays pauvre, il fait face à de nombreuses
difficultés. En effet, à cette époque, certains partaient à Paris comme cochers
de fiacre tandis que d'autres travaillaient dans la forêt des Landes. Lui, ne
sait ni lire ni écrire mais il a l'esprit vif, son oeil pétille d'intelligence,
et il a le port altier. II devient, tour a tour, colporteur, marchand de
parapluies, chiffonnier et se retrouve à Bordeaux où il vend les lampes à
pétrole du milliardaire Rockefeller. Il remarque qu'un greffier de la région
envoie du vin à un de ses frères à Lille. Il saisit alors l'opportunité de
vendre du vin de Bordeaux dans le nord sous I'étiquette "Meymac-près-Bordeaux".
II suit les vendeurs de toile qui remontaient vers le Nord et en profite en même
temps qu'il place ses lampes pour placer son vin. Le succès fut immédiat et ce
fut le début de la richesse. Quelle était sa technique ? Il se présentait dans
le Nord du pays comme un vigneron écoulant lui-même sa production. Ses bons de
commande étaient de simples bouts de papier sur lequel le client inscrivait son
nom. Après quoi il revenait en Corrèze, faisait expédier la marchandise et ce
n'est que lors du voyage suivant qu'il encaissait le prix de la vente. Il
proposait un vin qu'il ne possédait pas et dont il n'avait même pas un
échantillon. Pour mettre ses interlocuteurs en confiance, il parlait d'une
appellation qui allait devenir célèbre "Meymac-près-Bordeaux" .
II amasse une fortune colossale et achète vignobles et Châteaux dans le
Libournais. II tombe amoureux d'une brésilienne pour qui il fait construire,
dans un quartier chic de Bordeaux, une maison à tourelles avec des pierres
transportées de Corrèze. Comme il dépense plus que de raison il voit la jolie
brésilienne le quitter. Il revient alors au pays et se marie avec une fille du
pays, Marie Chaussade. La fortune lui sourit à nouveau. En 1878, il achète le
terrain contigu à l'abbaye à Meymac. Là, il fait construire cette maison à
tourelles qu'il baptisa "le Château des Moines Larose", une étiquette dont il se
servit pour son commerce. Cette maison présente une particularité, deux
tourelles dans chacune desquelles on aperçoit le dieu du vin Bacchus et la vénus
de Milo. Mais l'histoire ne se termine pas là, en effet, il veut faire partager
sa richesse ou la montrer, pour ce faire, il jette des pièces aux jeunes époux.
Parrain d'enfants, il parcourait la ville dans un char à boeufs avec le bébé et
la maman en lançant des bonbons à la foule, il donne ça et là des montres ou des
présents. II meurt en 1900, d'une mégalomanie foudroyante, complètement ruiné à
l'âge de 74 ans.
Il avait ouvert la voie, bien d'autres vont s'y engouffrer qui vont réussir
de forts coups commerciaux. Avant la fin du XIXème siècle le massif central est
une région viticole importante : le phylloxéra n'a pas encore frappé et la
production de "piquette" est importante ; la consommation locale est réduite par
l'insuffisance de moyens, il faut donc l'écouler. Il s'établit au fil du temps
le circuit suivant : nos négociants affrétent des gabares puis des wagons pour
descendre, vers Libourne et Bordeaux, les merrains nécessaires aux tonneliers. A
Libourne et Bordeaux, après qu'on leur ai apprit que leur "piquette" en était
vraiment et qu'il n'y avait aucun débouché pour elle, ils achètent du "Bordeaux"
pour le ramener via Meymac et le vendre à Paris et plus haut dans le nord, en
Belgique, puis via la Belgique au Royaume-Uni. A Paris le réseau de vente était
tout trouvé, les "Bougnats" étaient là, bien implantés, leur clientèle populaire
était assoiffée de "piquette" pompeusement baptisée "Vin d'Auvergne et de
Corrèze" ou même "Vin de Meymac-près-Bordeaux". Certains Auvergnats avaient
commencé à fructifier : partant de leur petit bistrot ils étaient passés au
grand café situé dans un quartier prestigieux voire un grand hôtel restaurant de
luxe tels "Lipp" et "Le Fouquets". A la clientèle de ceux là on va vendre les
"Grands Crus Classés" de Bordeaux. Le négoce vers la Belgique puis la Hollande
permettra d'écouler la production "Meymac-près-Bordeaux" bien connue et pour les
plus exigeants les crus "Bourgeois" et seconds crus du Bordelais.
Ce négoce fructueux va profiter à de nombreuses grandes familles corrèziennes
devenues Bordelaises. En effet outre Jean Gaye-Bordas déjà nommé, les Pecresse
de Combressol achetèrent le Château-Bellevue à Pauillac en 1894, les Borie le
Château-Caronne à Saint-Julien en 1900 puis le Château Ducru-Beaucaillou. Mon
cousin par alliance (son épouse était Anne-Adèle Monange), Jean Moueix quitta
son Liginiac natal pour investir à Saint-Emilion et Pomerol dans de prestigieux
Châteaux, Château-Taillefer, Château Lafleur-Pétrus et le fabuleux Pétrus entre
beaucoup d'autres. Ces familles prestigieuses développèrent le négoce, profitant
de la porte maritime qu'était Bordeaux, vers la Grande Bretagne, friande de bons
Bordeaux puis par la suite vers les Etats-Unis. L'ouverture des voies aériennes,
plus tard leur permit d'aborder d'autres continents dont le Japon.
Oui, vraiment, Jean Gaye-Bordas a été le précurseur d'une aventure migratoire
exemplaire.
Jean Monange,
mai 2001
(avec son aimable autorisation)
http://www.histoire-genealogie.com/themes_detude/travail/migrations5.htm
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