de Rader à Rohmer

Rader, Jean-Luc
artiste-peintre illustrateur
Jean-Luc Rader est né le 26 janvier 1957 à Brive. Après une formation aux Arts Appliqués, il entre sur le marché de l'art en 1992. Peintre catégorié parmi les surréalistes - symbolistes, il s'impose auprès des amateurs du genre par une créativité et une technique encore inédites.
8, Rue Henri Matisse
19100 Brive
téléphone : 05 55.23.01.26
courriel : jlrader@club-internet.fr
http://perso.club-internet.fr/jlrader/page_accueil/accueil.htm

Raimon III de Torena (décédé après 1235)
Mentionné en 1200 comme vicomte. Frère de Maria de Ventadorn. Se range du côté des Croisés lors de la croisade contre les Albigeois. En 1214, fit hommage à Simon de Montfort. On concerve de lui une tenson et une cobla, échangées avec Uc de Saint-Circ. Source : Miquèla Stenta, Encyclopédie « Corrèze » (Paris, Bonnefond 2003, p.185).

Raynal, Blaise
Blaise Raynal était un modeste citoyen de Brive qui s'illustra à Marengo, où il était canonnier, et fut distingué par Bonaparte qui lui décerna une grenade d'or, récompense réservée aux plus braves. Les registres des délibérations font mention de funérailles solennelles faites par la ville de Brive, le 3 Nivose an XI (23 décembre 1802), à ce patriote, funérailles auxquelles la municipalité et les Corps constitués assistèrent. Au reste, le nom de Blaise Raynal figure sur la glorieuse liste gravée sur la colonne Vendôme à Paris.
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Reiller, Jean
(Ségur-le-Château, 30 septembre 1915)
Trésorier-payeur général, il a également été (notamment) préfet de la Vendée (1966-1971). En 1977, il est élu maire de Ségur-le-Château.
Il est titulaire de nombreuses décorations, parmi les quelles : la Légion d'honneur (chevalier) ; l'ordre national du Mérite, des Palmes académiques, du Mérite agricole, du Mérite sportif (officier) ; du Mérite social et du Mérite civil (chevalier) ; de la Médaille de l'Éducation surveillée.

Renaudie, Marie-Louise
(Masseret, 1915 - Magnac Bourg, avril 1990)
Née Raygnaud, elle occupe, à sa sortie de l'École normale, quelques postes dans son département d'origine, la Corrèze. Cependant, la plus grande partie de sa carrière d'enseignante se déroule à Magnac-Bourg (Haute-Vienne) où elle épouse Paul Renaudie, un résistant local très connu.
Aux côtés de son époux, Marie-Louise Renaudie participe activement à l'action des FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français) ; c'est par l'intermédiaire de sa famille que ceux-ci entrent en liaison avec le représentant du S.O.E britannique, ce qui permet l'organisation de nombreux parachutages pour le maquis. (Lors des obsèques de Marie-Louise Renaudie, un hommage a été rendu à la disparue, à "son combat et à son idéal", par Marcel Rigout, ancien ministre, et ami de la famille).

Richard, Guynemer
Guynemer Richard, né à Brive le 1er novembre 1917, y mourut le 16 septembre 1974. Entré à la mairie de Brive comme secrétaire, il en devint chef de cabinet, le 13 novembre 1940, puis chef des services administratifs, le 1er janvier 1942, et enfin, secrétaire général le 1er septembre 1943, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort.
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Richard, Jacques
(Brive, 6 décembre 1911)
Il est élève à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (1933-1935). En 1942, il est capitaine ; il sera dans les maquis de la Creuse (1944), puis à l'état-major des troupes d'occupation en Allemagne (1945). En 1950, il devient chef d'escadron ; et en 1957, lieutenant-colonel. Colonel en 1963, il commandera les forces de gendarmerie outre-mer (1967).
En 1968, il est nommé général de brigade, admis dans la 2è section du cadre des officiers généraux (1970). Il est notamment : officier de la Légion d'honneur ; commandeur de l'ordre national du Mérite ; croix de guerre 39-45, et des T.O.E ; il a été également décoré par plusieurs pays africains (Cameroun, Côte d'Ivoire, Niger, Sénégal, Tchad.

Reynal, Charlou
Longtemps maître du restaurant le plus couru de la ville, « La Crémaillère », il est passé des fourneaux à l'écriture - un « Dictionnaire de la cuisine limousine » - et à l'audiovisuel, sur les stations régionales de Radio-France et France 3. Toujours pour la cause des savoir-faire culinaires. « Les cuisines de grand- mères », résume-t-il, pommes de terre, châtaignes, porc cul-noir (la race rustique limousine), cèpes, huile de noix. Avec, de temps en temps, un luxe de foie gras et de truffe. Chantre du terroir, il a commencé par une solide étape parisienne : huit ans chez Drouant, le restaurant des Goncourt. Avant de revenir assurer la succession dynastique de « La Crémaillère », où sa grand-mère était aux fourneaux. Aujourd'hui, il cuisine pour ses amis et écrit un livre sur Georges Brassens. (source : http://www.lepoint.fr)

Rivert, baron Jean-Charles
Jean-Charles baron Rivet, naquit à Brive, le 30 floréal de l'an VIII (19 mai 1800), et mourut à Cannes (Var), en 1872. Préfet sous Louis-Philippe, député (1839-1846 et 1848-1851), il siégea dans les rangs du Centre gauche à l'Assemblée nationale en 1871. Il fut l'initiateur de la loi qui conférait le titre de « président de la République » à Thiers (celui-ci était responsable devant l'Assemblée, qui conservait son pouvoir constituant) ; cette disposition, qui fut appelée constitution Rivet, évitait de prendre position sur la nature du régime. La proposition est adoptée sous la forme : « Les pouvoirs confiés à monsieur Thiers seront par lui exercés sous le titre de Président de la République. » Rivet appela à l'union tous ceux qui voulaient fonder la République. A Brive, sa popularité fut telle que lors des élections au Conseil Général de la Corrèze, en octobre 1871, il fut le seul candidat.
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Rivière, Elie
Elie Rivière, né à Brive le 14 juillet 1846, y décéda le 8 novembre 1916. Artisan horloger, conseiller municipal et adjoint au maire Jacques Gérard élu le 17 octobre 1901, il a beaucoup contribué à l'installation de l'eau dans la ville. Précisons qu'à cette époque l'eau était, soit « tirée » au puits de la propriété, soit recueillie aux diverses fontaines installées aux coins des rues.
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Rivière, Jacqueline
créatrice de Bécassine. voir Jacqueline Spalarossa

Roche, Marcel
Marcel Roche, petit-fils du commandant Roche et fils de Léon Roche, naquit à Brive le 29 juin 1852, et y mourut le 25 avril 1906. Petit imprimeur, il fonda, à la fin de l'Empire, un journal d'opposition, « Le Bas Limousin », qui devint, après Sedan et la chute de Napoléon III, « La République de la Corrèze », seul journal républicain du département. Après des études au collège de Brive et, alors qu'il s'apprêtait à choisir une carrière, le décès soudain de son père (1872) qui laissait une veuve et trois enfants, obligea Marcel Roche (qui était l'aîné) à prendre avec l'aide de sa mère, de sa sœur et de son jeune frère, la direction de l'imprimerie et la rédaction du journal. En dépit de son jeune âge, il acquit rapidement une place honorable dans le journalisme « grâce à son style facile et d'une grande clarté, à une imagination vive et brillante et une âme tendre et généreuse, passionnée par la justice et la vérité » aux dires d'Ernest Rupin. Il fut élu au Conseil municipal en 1884 à une très forte majorité et ses électeurs lui renouvelèrent toujours son mandat. Il fut un administrateur plus qu'un politique. Son désir de faire le bien le poussa tout naturellement vers les œuvres philanthropiques. Il fut membre du Conseil d'administration des anciens élèves du collège de Brive, du conseil de perfectionnement de l'Ecole pratique d'Industrie (à l'heure actuelle Collège et Lycée Cabanis) et président de « l'Harmonie Sainte-Cécile ». Il fut un des fondateurs de la Société Scientifique, Historique et Archéologique de la Corrèze, dont il imprimait le bulletin. Dans ce dernier, il fit paraître un certain nombre d'articles dont notamment : Les mesures anciennes du département de la Corrèze (1888), Le philanthrope Charles de Lasteyrie (1896), Le conventionnel Lidon (1902). On dira de lui après sa mort : « Marcel Roche a eu des adversaires politiques ; il n'a jamais eu d'ennemis ».
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Roche, Marcellin
Pierre, Marcellin Roche, né à Brive en 1834, mourut le 1 er mai 1901 à la Haye-Descartes (Indre-et-Loire). Fils d'un artisan tapissier, marchand de meubles, Marcellin prit la suite de son père. En 1870, après le 4 septembre, le préfet Louis Latrade, en constituant la commission municipale de Brive, le fit entrer pour la première fois dans la vie publique. Il contribua puissamment à la création des comités de défense républicaine qui fondèrent, de leurs propres deniers, le journal « La République ». Roche fut élu conseiller municipal en 1871 et, jusqu'au mois d'octobre 1891, il ne cessa de faire partie de l'assemblée municipale. Il en fut le président en devenant maire de la ville le 18 mai 1884. Sous le mandat de Marcellin Roche, la ville continua à se développer : la caserne fut construite, des écoles ouvertes, le théâtre achevé et le réseau d'égouts se développa. En 1885, de graves inondations ravagèrent la Guierle, ce qui n'arrangea pas les finances municipales. Roche fut pendant plus de vingt ans juge et président du Tribunal de commerce. Lors de ses obsèques à Brive (sa tombe est visible dans le cimetière Thiers), son premier adjoint Elie Rivière, prononçant son éloge funèbre, fit remarquer ; « … ce citoyen modeste avait sacrifié ses propres intérêts, pour s'occuper des affaires publiques, aussi n'était-il pas riche, bien que ses ennemis politiques l'aient abreuvé de critiques aussi malveillantes que calomnieuses. En quittant la mairie, il fut obligé de liquider sa maison de commerce et d'accepter un poste de juge de paix (à la Haye- Descartes)… ». En 1887, la Légion d'honneur lui fut remise par le député de la Corrèze Michel Labrousse.
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Roche, commandant Pierre
Le commandant Pierre Roche naquit à Brive en 1775 et y décéda en 1854. Il se distingua par des actions d'éclat au cours des guerres de 1792 à 1813, et commanda la garde nationale de Brive (1830- 1848) ; il fut longtemps conseiller municipal et administrateur des Hospices.
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Rohmer, Eric
Personnage secret veillant jalousement sur sa vie privée, aimant à se cacher derrière des pseudonymes, ancien professeur de lettres et successeur d’André Bazin à la direction des Cahiers du cinéma , moraliste intransigeant et cinéaste méticuleux jusqu’à la manie, Éric Rohmer a mené une carrière à contre-courant des modes. Considéré comme classique parce qu’il tient à la clarté du récit comme des images, désuet même par l’importance qu’il accorde à la parole, austère parce que ses personnages abordent parfois des questions philosophiques, ses descriptions des stratégies amoureuses de garçons et de filles d’aujourd’hui, une ironie parfois cruelle, une narration bien plus élaborée et perverse qu’il n’y paraît ont montré une modernité inattendue. Son influence sur le jeune cinéma français contemporain est de plus en plus évidente, de Christian Vincent à Arnaud Desplechin.
De son vrai nom Maurice Schérer, Éric Rohmer est né le 21 mars 1920 à Tulle, d’une famille d’origine alsacienne. Après des études de lettres, il enseigne à Paris, puis à Vierzon. Passionné de cinéma, il écrit dès 1948 dans La Revue du cinéma et Les Temps modernes , et participe, en 1949, au festival du film maudit de Biarritz. À partir de 1950, il anime le ciné-club du quartier Latin et publie La Gazette du cinéma , dont les cinq livraisons préfigurent les Cahiers du cinéma – fondés en 1951, entre autres par André Bazin – qu’il dirigera, après la mort de ce dernier, de 1959 à 1963, et d’où seront issus les principaux cinéastes de la nouvelle vague. Parallèlement à cette importante activité théorique et critique, il réalise régulièrement des courts-métrages en «amateur» à partir de 1950.
D’une dizaine d’années plus âgé que ses collègues de la nouvelle vague, Rohmer s’impose comme l’un des principaux théoriciens du groupe. Ses réflexions, recueillies en 1984 dans Le Goût de la beauté, s’inscrivent dans le droit fil des théories de Bazin. À l’«axiome» de ce dernier qui fait de la capacité de la caméra à reproduire mécaniquement et chimiquement la réalité le fondement de l’art du film, il ajoute la notion de cinéma comme «art de l’espace». Il réconcilie ainsi l’objectivité cinématographique et la subjectivité du cinéaste: celle-ci s’exprime dans le choix et l’organisation de portions d’espaces prélevés dans le réel. Rohmer sera aussi, avec Truffaut, Godard, Rivette, Douchet, Chabrol (avec qui il écrit un Hitchcock en 1957), l’un des ardents défenseurs de la politique des auteurs, qu’il considère moins comme une théorie que comme un «parti pris». L’auteur n’est pas celui qui s’exprime personnellement dans un style qui lui est propre, mais celui qui utilise des moyens spécifiques pour explorer un champ qui n’appartient qu’au cinéma: révéler la beauté et la vérité du monde au lieu de les créer de toutes pièces.
C’est ainsi que, fidèle à ses propres principes sans s’y laisser réduire, l’œuvre de Rohmer offre toujours une image aussi transparente et objective que possible. L’évidence de ce qui est montré doit opposer une preuve irréfutable à la subjectivité des personnages, que celle-ci s’exprime dans le dialogue («Comédies et proverbes» et «Contes des quatre saisons») ou dans un commentaire «off» («Six Contes moraux»).
 

Les « Contes moraux »
Dans le premier long-métrage de Rohmer, Le Signe du Lion , l’espace règne en maître et l’intrigue pourrait se résumer aux déambulations de Wesselrin dont la dégradation, de l’état de dandy bohème à celui de clochard, n’est que la conséquence de son trajet dans l’espace: usure des vêtements, des chaussures, apparition de la barbe, salissures. Cet itinéraire, physique autant que moral et spirituel, nous conduit de la bonne fortune annoncée à la chute et à la déchéance, jusqu’au miracle final. L’aventure de Wesselrin est-elle déterminée par la logique des astres, comme peut le laisser supposer le titre du film, ou est-ce lui qui, dans sa mentalité un peu fruste, interprète ainsi les coups de dés du hasard?
Réalisé en 1959, le film sort en 1962, en plein reflux de la nouvelle vague. C’est un échec commercial. Rohmer envisage alors «Six contes moraux» fondés sur un même principe: un homme aime une femme et s’intéresse un temps à une autre, avant de revenir à la première. Le principe de cette série, comme de celles qui suivront, devrait permettre au public de se familiariser avec un propos retrouvé de film en film: le jeu entre la subjectivité du héros, dont le commentaire off énonce principes et justifications morales, et son comportement réel, que l’image enregistre avec une impitoyable objectivité. L’intérêt naît évidemment de ces contradictions: si le trajet du narrateur accomplit effectivement son intention première, c’est au prix de détours imprévus, de surprises, de «hasards», voire d’une mauvaise foi dont le ridicule apparaît plus nettement de film en film.
Après deux courts-métrages, La Boulangère de Monceau (1962) et La Carrière de Suzanne (1963), La Collectionneuse (1966) connaît un succès en partie de malentendu, fondé sur l’évocation du milieu artistique de Saint-Tropez et l’«immoralité» de l’héroïne, «collectionneuse d’hommes». Mais, avant Le Genou de Claire (1970) et L’Amour l’après-midi (1972), Ma nuit chez Maud (1969) illustre au mieux le propos à la fois psychologique, moral et métaphysique de Rohmer. Autour d’une longue discussion sur le «pari de Pascal» qui occupe le centre du film, se jouent trois affrontements: entre le marxisme scientifique et déterministe de Vidal et le catholicisme du narrateur (fondé sur le rôle de la providence, de la grâce et du libre arbitre), entre deux conceptions de la liberté, de la fidélité et du plaisir (celle de la «libre-penseuse» Maud s’opposant à celle, plus rigide et contradictoire, du narrateur), enfin entre la volonté de ce dernier de rester fidèle à sa décision d’épouser Françoise et la tentation de céder à Maud qui l’attire.
Dès cette époque, le terme de libertinage est accolé au cinéma de Rohmer. Pris dans le sens de stratégie amoureuse qu’il a au XVIIIe siècle, il constitue une tentation permanente pour les personnages, mais il est bien plus pertinent dans son acception originelle: un certain scepticisme à l’égard des dogmes chrétiens et des préceptes de l’Église, glissant peu à peu vers un matérialisme et un épicurisme mondain.
D’une réflexion sur la façon dont la pensée se traduit dans les actes, Rohmer passe tout naturellement à un travail sur la représentation. Adaptant en 1976 une nouvelle de Heinrich von Kleist, La Marquise d’O , il choisit de respecter scrupuleusement le texte de Kleist et s’inspire de la peinture pour montrer le comportement d’hommes et de femmes du XVIIIe siècle: postures et gestes théâtraux, pleurs et exacerbation physique des sentiments. Poussant encore plus loin cette recherche, Perceval le Gallois (1978), l’œuvre la plus moderne et la plus mal comprise d’Éric Rohmer, inscrit le récit et le texte de Chrétien de Troyes dans un système de représentation inspiré de la peinture, de la sculpture et de l’architecture du XIIe siècle, qui ignore la perspective et toute notion de réalisme. Ces deux films poursuivent le propos des «Contes moraux» en remontant aux sources du sentiment amoureux: l’amour romantique, l’amour courtois et l’amour divin. Ils préfigurent aussi les films suivants en ce qu’ils analysent avec précision les liens qui unissent les structures mentales, morales et spirituelles d’une société et ses modes de représentation.

 

Les « Comédies et proverbes »
C’est donc tout naturellement qu’en 1981 Rohmer inaugure, avec La Femme de l’aviateur , un nouveau cycle, les «Comédies et proverbes», fondé sur la théâtralité, qui s’achèvera avec le sixième, L’Ami de mon amie (1986). Alors que le narrateur des «Contes» s’affrontait à lui-même, les protagonistes des «Comédies» projettent une certaine image et d’eux-mêmes et de l’autre. Le mensonge, l’illusion, l’erreur d’interprétation deviennent les principaux ressorts dramatiques, chacun pouvant ainsi se tromper sur la réalité de son désir comme sur son objet. L’héroïne du Beau Mariage (1982) décide de se marier, se persuade qu’elle aime un homme et que celui-ci l’aime sans le savoir encore. Le proverbe mis en exergue du film comme de chacune des «Comédies», ici emprunté à Jean de La Fontaine, pourrait résumer l’esprit de la série entière: «Quel esprit ne bat la campagne/Qui ne fait châteaux en Espagne?» Pauline à la plage (1982), Les Nuits de la pleine lune (1984) et Le Rayon vert (1986) sont ainsi à la fois d’authentiques comédies et de véritables tragédies de l’imagination. Les personnages, fraîchement sortis de l’adolescence, situés socialement, ne se réfèrent plus à des normes éthiques ou religieuses absolues comme ceux des «Contes», mais tentent d’accorder leurs aspirations à des modèles sociaux transitoires et contingents, réels ou imaginaires. Il en résulte un regard de plus en plus critique sur la modernité – mœurs, mode ou architecture – dont les personnages, et plus particulièrement les femmes, font parfois cruellement les frais, comme l’héroïne des Nuits de la pleine lune .

 

Les « Contes des quatre saisons »
Après un agréable intermède (Quatre Aventures de Reinette et Mirabelle , 1986) et un intéressant document historique télévisuel (Les Jeux de société , 1989), Conte de printemps inaugure, en 1990, une nouvelle série, les «Contes des quatre saisons». Le dernier volet, Conte d’automne , sortira en 1998. Le terme de «conte» est ici à prendre dans le sens de légende ou récit magique et imaginaire, et non plus seulement narratif ou mensonger. Le choix des saisons inscrit la notion dans un cadre cosmique et le débat dans une perspective plus vaste: le temps s’ajoute à l’espace comme catégorie a priori de l’univers rohmérien. Une conversation autour de la philosophie transcendantale et de Kant occupe d’ailleurs le centre de Conte de printemps . Si les attitudes morales et sentimentales des personnages demeurent au cœur des intrigues de Conte d’hiver (1992) et de Conte d’été (1996), elles font de plus en plus place à une réflexion sur la connaissance. Comment exercer sa liberté et définir des principes de vie sans se poser la question de l’illusion et de la vérité, de ce qui vient de notre esprit et de ce qui lui est extérieur? Ce qu’un personnage de Conte d’hiver exprime à sa façon: «Il est important de se poser le problème de l’existence de la vache, de la réalité du monde». Au moment où les images de synthèse se passent de tout référent matériel, Rohmer s’interroge, non plus en termes théoriques comme au temps de Bazin, mais en termes de création, sur ce que voient aussi bien ses personnages que le spectateur. L’image n’est plus la preuve irréfutable opposée à la subjectivité du discours, elle est susceptible de créer le doute, dès lors qu’elle relève à la fois du monde sensible et de l’imaginaire. Déjà, à la fin du Rayon vert , selon la qualité de la projection ou le support (film ou vidéo), le spectateur voyait ou non le fameux rayon vert dont la présence devait justifier l’obstination de l’héroïne. Au pur phénomène optique s’ajoutait celui de la croyance du spectateur dans la signification de ce rayon, inspiré du roman de Jules Verne. Félicie, dans Conte d’hiver , oppose fermement la croyance, jusque dans ses connotations religieuses, à la connaissance. Elle retrouvera Charles et il l’aimera toujours. Sa foi triomphe de la logique raisonnable de ses proches, mais elle a entre-temps méconnu les sentiments d’Alexandre et de Loïc, et rien ne permet de conclure que le Charles qu’elle retrouve effectivement à la fin du film soit conforme à l’image idéale qu’elle s’en est formée pendant cinq ans. Dans L’Arbre, le maire et la médiathèque ou les 7 hasards (1992), c’est la logique des enchaînements qui est affectée de suspicion: sans ces sept «hasards», le projet purement politicien du maire de Saint-Juire de construire une superbe médiathèque n’aurait peut-être pas échoué. Chacun des quatre sketchs des Rendez-vous de Paris (1995) repose sur une série d’affirmations formulées par les différents personnages, laissant place à une multiplicité d’interprétations invérifiables, toute preuve visuelle demeurant inéluctablement hors champ. La pensée ne s’appuie plus seulement sur le doute mais se meut dans le relatif. C’est également dans le relatif qu’évolue Gaspard dans Conte d’été . Il est le premier des héros rohmériens sans projet, hésitant, vivant dans l’instant, se laissant aller au gré des propositions des trois héroïnes, et prenant la fuite une fois nouée une situation sentimentale inextricable. Éric Rohmer ne se prétend pas le sociologue d’une société et d’une époque données, mais, avec ce film à la fois fluide et chaotique, il dresse un étonnant portrait d’une «crise de civilisation»: la perte des repères moraux, philosophiques, et même matériels. L’exemple de Gaspard démontre qu’il ne semble guère plus aisé de vivre dans le relatif que dans l’absolu...

© 1998 Encyclopædia Universalis France S.A.Tous droits de propriété intellectuelle et industrielle réservés.

sources :
les sites internets mentionnés et notamment :
Henri Demay, "Limousins à la Une" ; 87130-Neuvic Entier, Editions de la Veytizou
(téléphone : 05.55.69.71.24)
(lecture : Thierry Lefebvre)

 

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