TEMOIGNAGES
témoignages de Corréziens et Corréziennes.
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Lettre à René, ou l'odyssée d'un déporté du S.T.O.
transcription et commentaires d'Eric Séverin, collège Colbert, Reims
Cher René,
Voici le récit de mon dernier grand voyage en Allemagne.
Direction : la France,
marchant en liberté pour toujours!
Première étape : départ d'Ober-Sud(3) à 6 heures et demie du matin le 8 mai
1945... ? Je crois que si tu étais venu avec nous tu n'aurais pas regretté ton
voyage. Le 7 mai après avoir rejoint mon camp, j'ai du retourner chez Mme Wohl
pour souper. Je n'ai eu presque rien à manger. J'ai demandé de la viande alors
la patronne dit je n'en ai pas d'ouverte ; évidemment c'était dommage d'en
ouvrir une pour moi. Je suis partis claquant la porte sans mot dire retrouver
mes camarades qui étaient à Ober-Sud. Le 8, 6 h. départ avec les sentinelles et
le capitaine directions les américains. Sur Komotau, mais arrivé à Hammer, nous
avons été stoppé par l'arrivée des russes. Le premier soldat russe se trouvait à
Himmelfurst. Dubret est allé le drapeau blanc à la main avec le capitaine
au-devant. Le russe nous a fait signe de passer et quelque instant plus tard
nous partions libre sur la route pour toujours, tandis que Bei-mir et d'autres
se constituait prisonnier a leur tour. Le Capitaine a été maltraité et a fait
appel à nous, nous avons dit qu'il était bon pour les français alors le russe
lui dit, rentre chez toi dans ta famille. si cela avait été contraire il aurait
été fusillé immediatement. Dela nous allions avec Yves faire nos adieux a Madame
Weber que tu savais bien. (pour moi) Je venais de rentrer dans l'hotel quand
tout a coup les tanks russes se mettaient a tirer sur l'hotel heureusement pour
moi j'étais adossé entre 2 fenêtres avec Yves un obus venant tomber dans la
fenêtre l'emportant et une partie du mur. J'ai été fortement soufflé et aveuglé
par la fumée nous obligeant à descendre à la cave pendant ce temps les russes
fouillaient les maisons voisines nous apportaient du vin et du cognac. ça
commençait bien. Un instant plus tard je découvrais dans l'hôtel, les bureaux de
la S.T.W. Dans une première pièce je trouvais avec un soldat russe une bouteille
de Vermouth dans une seconde pièce le dépôt de ravitaillement en vivres : 100 kg
de riz, 100 kg de lait en poudre, 200 kg de haricots, 100 kg de sucre en poudre,
500 boules de pain, 200 boîtes de conserves, 60 kg de margarine, nous avons
emporté le tout dans la chambre à coucher de Madame Weber et là tout devais être
pour elle ; elle nous a fait large part, soit 250 kg à emporter, sur une
brouette et nous sommes partis, mais pas loin car passé l'infirmerie si tu
savais il y avais des baraques de la S.T.W.(4) qui était encore pleine de vin,
de fine Gascogne, de cognac, rhum, eau de vie, Champagne, mousseux tout
français. un soldat russe m'appelle, j'y court et me donne une caisse de fine
Gascogne de 75 bouteilles, moi aussi je prends une paire de souliers pour moi.
Dubut, l'abbé, et Moumousse eux aussi rapporte une charge de bouteilles enfin il
y en a 187 bouteille et maintenant il faut partir direction la France et comment
faire pour transporter le tout. Je trouve 2 cheveaux et une voiture le tout est
militaire je charge et nous voila partis sur Creusveg remontant la colonne russe
avec difficultés. Robert sera cocher jusqu'a la fin. Arrivés à ce pays je trouve
8 kg de viande fraîche ensuite nous repartons sur Einsild mais la nuit nous
prend nous obligeant à coucher dans la forêt car la colonne est trop forte. Je
detelle les cheveaux bien dociles, leur donne une bonne avoine une botte de
fourrage et ensuite nous nous couchons tous autour de notre ravitaillement qui
était énorme, vers minuit un soldat russe vient et enlève une roue de derrière à
notre voiture. j'y court mais quoi faire ils sont les vainqueurs. et quelques
instants plus tard ils nous prennent la flèche. nous étions paralysés
entièrement vers 3 heures du matin, on se lève obligé de reprendre nos pousettes
que nous avions toujours conservés en cas d'avarie, j'attelle mes cheveaux
dessus et repartons sur Einsild. la colonne était moins forte que la veille.
nous voila arrivé dans ce pays à 9h., nous retrouvons une petite voiture à
cheval je la graisse, l'organise. pendant ce temps-là les copains trouve une
maison évacué font cuire bifftek, lapin, volaille, nous nous mettons a table
vers 10 h, nous dégustons apéritif Pernod fils, ensuite bifftek et lapin roti
avec salade miel gateaux vin à discrétion vin fins Mousseux, café américain,
cognac et rhume, enfin notre ventre est bien garni. les cheveaux ont de même
bien manger. /.../
(la suite sur le site de l'Académie de Reims)
http://www.ac-reims.fr/datice/bul_acad/Hist-Geo/bul21/sto.htm
© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de
Reims. N°21, 2000.

Le
cahier de "devoirs" d'un ancien élève de Larche

Ce cahier de devoirs (contrôle des connaissances) de "Cours Moyen" date de 1937
: l'élève, qui a maintenant 76 ans, était à l'école de Larche (Correze) et
n'avait que 3 ans ( CE1, CE2, CM1) d'école comme plus de 20 élèves sur les 30 de
sa classe, car il habitait trop loin pour fréquenter le CP.
Il était fils de
petits paysans, comme la plupart de ses camarades, ceci pour en finir avec le
mythe de la "démocratisation" : il est bien évident que l'école d'antan était
très sélective, ce qui ne veut absolument pas dire que le niveau scolaire des
enfants des classes sociales défavorisées était mauvais (comme le prouve ce
cahier), mais seulement que la sélection était très élitiste (très peu
accédaient au Lycée, mais notre "démocratisation" ne change absolument rien à la
reproduction des classes privilégiées, le sélection se faisant simplement
beaucoup plus tard, après le Baccalauréat: la seule vraie différence importante
entre hier et aujourd'hui est donc que les enfants des classes défavorisées ne
reçoivent JAMAIS un enseignement digne de ce nom).
©
http://membres.lycos.fr/styx/cahier/cahier.htm
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